Ce midi, nous avons encore parlé de mon père avec ma mère. Voilà 8 mois qu'il nous a quitté, et la vie n'a toujours pas repris son cours normal... sans doute ne la prendra-t-elle jamais plus, il faut s'adapter, passer à autre chose.

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C'est assez difficile de voir ma mère tenter de faire face à la réalité, jour après jour. Parfois ça va, et parfois on voit qu'elle souffre. Je l'entends pleurer au téléphone, je l'entends beaucoup en parler. Elle honore sa mémoire dès qu'elle le peut, par des souvenirs, par des photos éparpillées dans l'appartement. Mais malgré tout, elle a besoin de changement: changer la décoration, changer les meubles, bouger les choses... c'est sûr, il règne comme un malaise, surtout que ma soeur étant à l'autre bout du monde, nous ne sommes plus que deux dans l'appartement familial.

Moi? Je ne sais pas trop où je me situe. Presque comme fautif, j'avoue n'avoir presque pas pleuré depuis sa mort. Comme je l'ai expliqué à ma mère qui s'en étonne, c'est peut-être parce que mon père est parti quand je commençais à prendre de l'indépendance, j'avais un travail, des projets, je tombais amoureux. Peut-être que c'est parce que ça s'est fait sur plusieurs mois, même si la fin a été rapide. Mais à vrai dire je ne saurais trop l'expliquer! La mort de mon père, c'est ce que je redoutais le plus au monde: nous ayant eu, moi et ma soeur, la quarantaine passée, j'ai toujours su que je risquais de passer moins de temps avec lui que la moyenne des enfants avec leur père. Ca m'a toujours fait peur, parfois fait pleurer. Le cocon familial était pour moi primordiale, pendant longtemps mon seul vrai refuge. C'était un monde qui m'appréciait, qui m'acceptait, qui ne me jugeait pas. La famille, ça a toujours été très important pour moi. Et puis, voilà qu'on apprend que mon père a une tumeur. J'ai cru jusqu'à la dernière seconde qu'il allait s'en sortir, et puis pour une fois, j'ai été trop optimiste (même si ça m'a permis de mieux vivre sa convalescence après son opération)...

J'ai pleuré une seule fois, le soir de sa mort, après l'avoir vu pour la dernière fois en vie. Depuis, je suis nostalgique du passé, je pense très souvent à lui, à nous, j'ai du mal à revoir de vieilles photos, j'en ai parfois la gorge nouée, des fois j'aimerais pleurer mais n'y arrive pas. Mais triste? Je ne pense pas, bien que j'ai la gorge nouée à l'écriture de ce message... Perturbé? Pas vraiment non plus. Je fais avec, je vis avec, pour le moment ça va. C'est davantage le passé qui fait surgir les émotions. Aujourd'hui, je porte ses vêtements quand c'est possible, j'ai récupéré certaines de ses affaires, j'en suis d'ailleurs content et ça fait plaisir à ma mère. La chaîne se poursuit en quelque sorte...

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J'imagine que mon état d'esprit aujourd'hui vient de plusieurs choses. J'imagine qu'il est parti en me laissant assez de force pour m'en sortir, et continuer en suivant ses leçons de vie qu'il nous a légué pendant 25 ans, comme la joie de vivre, la tolérance, la justice, la générosité et le respect des autres. Qu'il continue à me soutenir aujourd'hui, à me regarder d'en haut. La vie est également plus facile quand on sait à quel point il était apprécié. Ses amis sont toujours là aujourd'hui, et partout où l'on va, on n'entend que du bien de lui, ça fait vraiment plaisir. Si j'atteinds un jour la moitié du respect et l'admiration qu'on avait pour lui, j'en serais heureux... mais il n'empêche que malgré tout, j'ai encore besoin de lui mais je dois faire sans et il me manque. Comme on dit, c'est la vie, c'est ma vie, et pour lui, je tenterai de la vivre au mieux comme il l'a toujours souhaité.

Ca y est, près d'un an après, à quelques jours de mon premier anniversaire qu'il ne fêtera pas, enfin je pleure...

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La famille au complet, été 2003