Récemment il y a eu un sujet intéressant sur DCP (comme quoi on parle pas que de Disney) sur la rancune. Sujet qui je pense y avait déjà été évoqué mais je me suis dit que je pourrais copier ici mon avis sur la question car je ne n'en ai jamais parlé. En lisant les exemples de beaucoup de gens, j'ai trouvé qu'en un sens, je me sentais chanceux sur le coup car je n'ai jamais eu à faire la tête à quelqu'un à ce point... genre: faire la gueule, détester la personne... l'envie de me venger je n'ai jamais connu!

angry_donald

Tout comme je ne pense pas qu'être rancunier c'est faire preuve de bêtise (nous réagissons différemment fasse à nos émotions), je ne pense pas que pardonner ou oublier facilement, est un signe de faiblesse. A mes yeux c'est plutôt refuser le conflit inutile, passer à autre chose, prendre de la distance. Quand je pardonne, ce n'est pas en espérant que tout ira mieux et me voiler la face, c'est me dire que la personne n'a peut-être pas mesuré la portée de son geste et qu'elle ne pensait pas forcément à mal. Mais c'est une philosophie assez générale que je porte en moi, peut-être un peu naive il est vrai: les hommes ne pensent pas à mal, seuls des actes ou paroles maladroites, une mauvaise interprétation de celles-ci, ou un comportement généré par une émotion non maitrisée sont à l'origine de nos blessures. C'est marrant d'ailleurs, comme le point de vue varie complêtement entre le "bourreau", et la "victime". Comme dans un couple déchiré par exemple, c'est toujours l'autre qui a tort. Pourquoi? Parce que je pense qu'il y a simplement incompréhension entre les deux parties, et non pas volonté délibérée de nuire.

Voilà pourquoi en général, j'oublie vite fais les petites choses qui m'ont touchées. Ce n'est pas parce que la personne en face ne s'excuse pas ou ne reconnaît pas un tort que ça fait d'elle un coupable automatiquement. Nous réagissons tous différemment: honte, gêne, timidité, fierté... franchement, combien sommes-nous à clairement énoncer: "OK, je le reconnais, je me suis trompé, j'ai fait quelquechose de mal, j'ai été méchant, mais je te demande de m'excuser?" Nous préférons nous rattraper par la suite par une gentillesse, mais en général, et je dis bien "en général", chacun a envie de passer à autre chose, d'oublier ces broutilles, de tourner la page. C'est pourquoi il peut être de bon ton de faire le premier pas, même quand on a subi quelquechose. Pas nécessairement en parlant de tout ça, mais en évoquant autre chose, en montrant qu'on est d'accord (sans se parler), et qu'il n'y a pas de rancune. Pourquoi attendre et se priver de bon moments, pourquoi bouder alors qu'on sait très bien qu'on passera outre? Personnellement, je n'aime vraiment pas être fâché avec quelqu'un que j'apprécie, tant que le problème n'est pas rêglé, je le vis plutôt mal.

Ne pas être rancunier ne veut pas dire pour autant passer outre tout et n'importe quoi. En général, j'écarte les petites choses sans importance. Quand quelquechose me touche vraiment, il m'arrive de faire la tête. Généralement, ça ne dure pas très longtemps, mais j'aime faire comprendre ce qui m'a touché, et surtout mettre cartes sur table. Une fois que c'est fait, je peux passer au pardon, et à autre chose. Maintenant, si les coups bas deviennent répêtés, volontaires, et de plus en plus méchants, pas question non plus de tout laisser passer... il arrive un point de non retour, où je sors la personne de ma vie. Après tout, si au fond elle m'apprécie, c'est le pire qui puisse lui arriver (mais si elle m'apprécie vraiment, il n'y a pas de raison que ça arrive ou alors il y a un problème!) Il peut même arriver que je pardonne à ce genre de personne (on pardonne avant tout pour nous même, pour se sentir mieux - il faut bien se rendre compte qu'une personne méchante s'en fiche qu'on ne la pardonne pas), mais une certaine distance naitra alors, la distance créée par une confiance que je ne peux plus accorder totalement. Quoi qu'il arrive, à part m'éloigner, j'évite d'en rajouter une couche. Déjà parce que je n'aime pas imiter la personne qui a fait une connerie à mon égard, et ensuite c'est physique, je n'ai pas envie de la faire souffrir. Je me sens en quelque sorte capable de mieux supporter ce qu'on m'a fait qu'elle ne le serait si je me lâchais, et je me dis que tout se paye dans la vie, mais que ce n'est pas à moi de me venger. Je pense que les gens qui nous font du mal sont plus malheureux que nous au fond d'eux même, donc je préfère ignorer. Mais encore une fois, j'ai pas vraiment d'exemple où on m'a fait un mal incommensurable de manière délibérée (même si j'ai quelques exemples assez gratinés, et pourtant, je suis passé outre avec le temps). Donc pour résumer, jusqu'à maintenant, non, je ne me sens pas rancunier (ce qui ne veut pas dire que je ne me méfie pas de certaines personnes). Peut-être avec l'âge... ;)

gags_20_clementine

Peut-être qu'il y a une autre raison à cette attitude, c'est mon manque de susceptibilité. Beaucoup de gens prennent mal tout et n'importe quoi, car ça touche à leur amour propre. Pour beaucoup, tout propos exprimé maladroitement est pris pour une attaque personnelle. Pendant des années, j'ai joué le rôle du bouc émissaire, au lycée et pendant mes études supérieures, sans doute car je ne me sentais pas à ma place, que je ne trouvais pas d'autres moyens d'exister, de faire rire les gens. J'ai ainsi subi beaucoup de moqueries, attaques, railleries, blagues... mais comme j'en jouais aussi, je ne les ai jamais prises très au sérieux. Ca m'a aidé à entendre beaucoup de choses, à les canaliser; à me dire "ils disent ça car ils n'ont pas toutes les informations". D'ailleurs, ça arrive bien souvent: quelqu'un qui vous appréciait moyennement de vue, passe un peu de temps seul avec vous et au bout du compte, est étonné de ce que vous êtes réellement: "Je te voyais pas comme ça!" qu'ils vous disent. L'apparence est tellement trompeuse... Depuis ces temps, non seulement j'évite de critiquer les autres gratuitement (je n'aime pas ça, et si je le fais, c'est plutôt bon enfant), mais en plus je suis beaucoup moins susceptible, je sais distinguer le superficiel de la vraie méchanceté. Oh il y a bien des boutons sur lesquels appuyer me ferait mal (mais non je ne les évoquerai pas ici ;) ), mais pour le reste, globalement, il en faut beaucoup pour me destabiliser. Heureusement aussi, car ça compte beaucoup, que j'ai des gens autour de moi qui savent vraiment qui je suis. Mais finalement, j'apprécie d'être comme cela, je trouve qu'on s'amuse beaucoup plus quand on est pas susceptible: on peut rire des autres, de nous-même, sans à chaque fois se demander ce que les gens ont voulu dire. La vie est trop courte pour se prendre la tête pour rien, autant garder notre colère pour de vraies raisons, non?