irma

Nouvelle comédie, nouvelle déception... Madame Irma promettait pourtant, au vu de ses teasers ciné, une belle partie de rigolade. Mais le charme et le délire de l'époque des Inconnus est cette fois bien révolue, il faut faire avec.

Les Trois Frères était un sommet du genre, une farce hilarante d'une heure trente parodiant avec entrain les travers de notre société, sans jamais verser dans le sentimentalisme à outrance ou la moralisation. Depuis Le Pari, les productions de Campan, Bourdon et Legitimus n'ont jamais atteint ses sommets, même si l'on décelait ici et là de très bonnes idées. Madame Irma confirme la tendance: le potentiel comique est là, le film provoque sourires et quelques éclats bien sentis, mais on est loin de la comédie parfaite qui vous fait sortir de la salle sourire aux lèvres. Alors, où est le problème?

irma2

Tout d'abord, les Inconnus ne sont plus que deux. Et le Paris ou l'Extraterrestre l'ont prouvé, les Inconnus à deux, ce ne sont plus les Inconnus. Dans le trio, chacun complémentait les autres, chacun apportait sa petite touche personnelle. Mais si dans le Pari, Bernard Campan et Didier Bourdon jouaient à armes égales, ici le film est quasi exclusivement centré sur Didier Bourdon, laissant à Pascal Légitimus le second rôle, celui de guest star. Un second rôle qui doit cumuler 15 minutes à l'écran à tout casser, autant dire que l'affiche nous ment quelque peu en nous laissant espérer un tandem comique de choc... Deuxième soucis: nos deux compères, sans être vraiment rivaux dans le film, ne s'entendent pas très bien. Evidemment, Pascal accepte mal le "nouveau métier" de voyante de Didier, ce que l'on peut comprendre. Mais au lieu de l'épauler, ou mieux, de se lancer dans l'aventure avec lui, il lui fait constamment des reproches. Si les sketchs des Inconnus ou leur premier film fonctionnaient si bien, c'était justement parce que ces trois là étaient inséparables, toujours là les uns pour les autres, partageant les bons moments comme les galères. Ici, Pascal Légitimus semble toujours contraint d'aider son ami. Bref, le duo ne fonctionne pas très bien. Et puis, il y a tout le reste: un début un peu long, des enjeux très limités et pourtant grossis dans le film (c'est si difficile que ça de dire à sa femme qu'on a perdu son boulot?), une trame narratrice très mince, prétexte à une succession de scénettes plus ou moins drôles... et enfin, le problème de fond, récurrent des derniers films de Bourdon & co: trop de sentimentalisme. La comédie, comme chez les clowns des cirques, cache des problèmes plus profonds. A force de vouloir jouer sur le côté réaliste de la société, et de vouloir se rapprocher des gens, les héros perdent leur pouvoir comique, celui de tout prendre en dérision, d'assumer à fond la moquerie ou la parodie. Dans les Trois Frères, il y avait de l'émotion, mais jamais au détriment de la comédie. On s'attendrissait un instant, pour mieux rire juste derrière. Dans Madame Irma, les personnages dépriment, s'aiment, se déchirent, s'avouent leur amour... on parle de chômage, mais plus gravement que dans les Trois Frères. Ce n'est pas que c'est mal, c'est que ça brise le rythme et qu'on est pas venu pour ça. Un peu comme dans les derniers films de Veber... enfin, c'est mon avis.

irma3

En bref, Madame Irma promettait beaucoup. Pour ma part j'espérais en voyant la bande-annonce retrouver l'humour des Inconnus que j'aimais. Mais tout le film est dans la bande-annonce: les meilleurs moments, et quand au reste, il est du même accabit. Je dois reconnaître un certain effort sur les dialogues, même si la mise en scène ne les sert pas vraiment. Au final, on sourit beaucoup, on rit parfois, mais on est loin du chef d'oeuvre. Un peu comme les Rois Mages quoi... et quelqu'un se souvient-il encore de ce film? lol ;)