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En 1998, le film le plus cher de l'histoire du cinéma jusqu'alors, prend le monde par surprise en créant un raz-de-marée au box office: Titanic pulvérise les records, et semble encore aujourd'hui largement hors d'attente au niveau mondial (le deuxième film le plus vu est encore à 700 millions de $ derrière...) Je m'en souviens comme si c'était hier, les gros titres de la presse, la queue se pressant devant les cinémas, l'enthousiasme collectif, les hors-série en pagaille... ahh et le clip de Céline Dion passant sur M6 pendant qu'on était au ski! ;) Aujourd'hui encore, le film n'a pas pris une ride, et n'en prendra sans doute jamais grâce à la qualité de sa réalisation (sauf sur quelques petites choses, voire plus bas).

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Comme toutes les oeuvres populaires à succès, ce film est vite décrié par l'intelligenstia comme une simple romance à l'eau de rose: beaucoup de soit-disant cinéphiles se félicitent même de ne l'avoir encore "jamais vu" (ce qui soit dit en passant est un peu stupide, car critiquer un phénomène sans le voir, c'est fort!) Mais le public de masse lui, ne s'y est pas trompé, car si le film a si bien marché, c'est qu'il a su nous transporter comme rarement, dans une époque et un lieu différent, à travers une reconstitution extremement poussée (limite maniaque). La légende du Titanic a touché le public car elle représente le symbole même de l'arrogance humaine, vaincue par la nature à travers une successions de quiproquos malchanceux qui, enchaînés les uns aux autres ont induit un des plus grands drames technologiques de notre siècle. Cerise sur le gâteau, James Cameron a réussi à humaniser cette épopée, en nous faisant suivre le destin amoureux de deux personnages, ainsi que l'aventure de leurs congénères. La rencontre de Jack et Rose représente pour eux deux une libération, une renaissance, à laquelle beaucoup de spectateurs ont pu s'identifier. Bien évidemment, leur séparation sous forme de tragédie à la Roméo et Juliette, n'a fait que renforcer et gonfler d'émotion ce film, contribuant sans nul doute à son succès: pour faire marcher un film, rien de tel que réussir à faire sortir les mouchoirs! Et oui, nous aimons nous faire du mal, et c'est encore plus vrai au cinéma. Et l'on aura beau dire, mais James Cameron a parfaitement su toucher le point sensible: quelle doit être la douleur de perdre l'être aimé, si fraichement rencontré, qui a su changer notre vie pour toujours? Comment continuer seul, s'accrocher pour honorer un souvenir, en pensant qu'on ne partagera plus rien? C'est le cas pour nos deux héros principaux, mais il en va de même pour les centaines de familles séparées, des déchirures parfois montrées avec pudeur ou tout simplement suggérées par le réalisateur. L'effet quand à lui, est bien là: Titanic a tout d'une histoire de cinéma, et pourtant reste ancrée dans la réalité; c'est le jackpot!

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Titanic est un film long, dense, que je n'arrive pas à voir souvent, malgré toutes ses qualités. La reconstitution est si précise, le rythme si soutenu, que le regarder demande une forte concentration: j'ai à coeur d'être complêtement transporté dans l'histoire, et me croire sur le Titanic lui-même l'espace de 3 heures (qui n'ont jamais parues aussi courtes, pour un peu qu'on s'intéresse à autre chose qu'au naufrage). C'est après avoir relu à Sarlat le livre Making Of du film que j'ai voulu le revoir avec envie, pour la première fois depuis au moins 5 ans, voire plus. Quand on connaît les détails du tournage, les difficultés rencontrées ou le trucage de certaines scènes (telle que la scène d'ouverture, entièrement filmée à l'envers car le bateau a été construit dans l'autre sens), ce film épique prend une dimension encore plus importante. Car mis à part les effets spéciaux que j'ai trouvés finalement datés (surtout au niveau des incrustations sur la mer et mises en lumières, mais bon c'est pareil dans King Kong qui est pourtant beaucoup plus récent), je ne peux que m'incliner devant le gigantisme et le réalisme des plateaux de tournage, le jeu des acteurs (bien que la VF soit assez pourrie), le sens de chaque détail par rapport à la réalité historique, la musique, le rythme... mais surtout je dois saluer l'ambition d'un homme, James Cameron, que l'on ressent de bout en bout. Car maitriser un projet de cette envergure demande du courage, des sacrifices (il a refusé son salaire de réalisateur et scénariste) et une implication personnelle (12 voyages sur l'épave du navire!). Quand le générique de fin se met à défiler, on ne peut que se demander quel pourrait être pour lui un projet encore plus motivant, car Titanic est sans nulle doute l'oeuvre d'une vie. L'un des film les plus beaux, grandioses et émouvant de tous les temps...

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