colloc

Depuis quelques semaines, et pour le semestre à venir (si je suis pas foutu à la porte avant!), je passe ma vie en... transit. Un peu comme Tom Hanks dans Le Terminal quoi. Pour pallier à des horaires de travail extensibles et un appartement toujours en chantier, je pose ma petite valise 3 soirs par semaine chez Neznez, Ptitmath et Franck qui habitent en plein coeur de Val d'Europe. Heureusement que l'on porte un costume de travail, car ma garde-robe est quelque peu limitée il faut l'avouer!

Bien malgré moi, je vis donc quelque peu en collocation (à mi-temps), avec la notable différence que je ne suis pas chez moi. Je n'ai pas de chambre, je dors où je peux, dans le lit de PM ou chez Neznez quand l'autre a la grippe, mes affaires trainent dans un coin de la chambre, je vis au rythme des habitants et je les regarde faire leurs décos (coup de chapeau à Franck pour sa chambre douillette, PM a encore du boulot - quoi qu'il a l'avantage de pouvoir se servir du parquet glissant pour faire du patin à glace - et Neznez a opté pour le style... minimaliste). Que peut-on retirer de cette expérience? J'ai déjà vécu en collocation pendant mon semestre universitaire floridien, et ça n'avait pas été un bonheur. En même temps, je n'avais pas choisi mon colloc, et nous étions complêtement différents, lui passant ses soirées à inviter ses potes pour des beuveries, ou sa copine qu'il sautait sauvagement sur le canapé. Dire que les murs manquaient d'insonorisation est un euphémisme... bref je squattais davantage ma (grande) chambre ou les appartements des autres que le mien. Autant dire que la règle d'or dans une collocation réussie est à mon sens d'avoir un style de vie plutôt similaire, ou du moins compatible. Ici c'est plutôt le cas, nous menons une vie relativement calme, avec des horaires décents. Nous apprécions la compagnie régulière de bons amis sans être des fêtards attardés, et pour l'instant, malgré une seule télé, chacun trouve plus ou moins son compte au niveau de ce qu'il souhaite regarder (en même temps Neznez n'est pas très difficile). Chacun s'acquitte de ses tâches, en fonction de ses envies et son savoir-faire (je n'ai jamais mangé autant de pâtes mais bon, c'est PM qui cuisine). Les amis des uns plaisent aux autres, et les histoires de coeur des uns distraient le quotidien des célibataires! Enfin, l'humour entre nous semble compatible, et Franck semble même s'être habitué aux affiches de David Hasselhoff dans les toilettes.

Je dirais donc que la collocation présente cet avantage non négligeable de ne pas se sentir seul à la maison, d'avoir toujours une personne à qui parler ou avec qui partager un programme. Cette ambiance de camaraderie donne un air léger à notre quotidien, qui semble plus facile. Et puis bien sûr, il y a l'avantage d'habiter un appartement plus grand. Mais encore une fois, tout dépend des collocataires et de leur caractère...

Alors tout est beau et parfait dans ce monde? On verra ça sur la durée, mais on peut émettre quand même quelques réserves. Tout d'abord, je trouve que la collocation peut entraîner une certaine paresse sociale. A vivre dans un cocon, on a plus vraiment de temps pour les autres. Les amis sont là à la maison, prêts à nous écouter, et leur présence suffit à nous distraire et nous contenter. Et comme dès qu'on pense à un programme on les en informe, on a forcément moins le temps ou le besoin d'aller voir ailleurs. On mange ensemble, on vit ensemble, on dormirait presque ensemble... pour ma part je ressens un grand plaisir en repartant quelques jours à Paris, pour faire un break, m'occuper de moi et revenir à Val d'Europe, découvrir de nouvelles choses sur mes collocataires, leurs dernières histoires ou aventures survenues ces derniers temps. Et puis retrouver le caractère de chacun, c'est un plaisir qui ne serait pas le même si je m'y habituais. Comme en cuisine, il ne faut jamais abuser des bonnes choses, pour l'instant pas de saturation en vue, mais j'espère que ça n'arrivera pas (pour mes collocs en tout cas, moi dans quelques mois je ne serai plus là).

Deuxième réserve: l'enlisement dans la routine. Parce qu'à devoir contenter tout le monde à un moment T, on finit par ne rien faire si on ne s'impose pas. Quand on vit seul et qu'on voit une autre personne, on se consacre à elle, on se fait une bonne soirée qu'on a planifié, et celle-ci devient "spéciale". En collocation, plus on est nombreux et moins on fait de choses car il est plus dur de se mettre d'accord. Alors évidemment, ce signe d'indépendance conservée est plutôt positif (on est pas obligés de tout faire ensemble), mais comme à côté on a pas vraiment envie de sortir car les collocs sont là... entre se concerter, s'attendre, se mettre d'accord et faire ses petites affaires, on entre petit à petit dans un cercle vicieux et les journées peuvent vite s'enliser à trainer sur le net ou s'affaler dans un canapé devant une daube télévisuelle.

Troisième réserve: la colloc peut-elle durer éternellement? Si j'ai voulu éviter ce mode de vie, c'est parce que j'ai l'impression, comme je parlais du cocon plus haut, qu'il m'empêcherait d'avancer. Car à trop partager nos vies, celles-ci s'entremêlent. Il n'y a plus d'indépendance, plus de moment de réflexion, plus de tranquilité. Les gens vont et viennent, et cette ambiance de colonie de vacances n'est certes pas déplaisante... mais peut-on s'en contenter en permanence? Sans compter les problèmes d'intimité à venir quand on veut ramener sa chère et tendre chez soi pour partager un moment romantique, ou tout simplement cette double ou triple identité que l'on s'impose: on doit s'adapter aux autres, à leur rythme, leurs humeur, leurs goûts, leur envie de déco. Au final, un appartement partagé est un patchwork de personnalités, mais ce n'est pas, à mon goût, un "chez soi".

Bien sûr, tout le monde a des goûts différents et chacun aura SA vision de la collocation. Pour ma part je ne pourrai jamais assez remercier Franck, Neznez et PM de m'offrir un toit bien apprécié en ces temps de va-et-vient. J'avoue souvent ressentir ce plaisir coupable d'une vie confortable, rythmée, pratique, partagée, qui présente cependant des risques à long terme. Il faudra tout faire pour éviter cela, et c'est malgré tout avec impatience que j'attends l'achèvement de mon futur appart prévu pour septembre. Afin de pouvoir cette fois, y poser définitivement mes valises, me sentir chez moi, y inviter les gens qui me sont chers, et prendre enfin le temps tout simplement, ce que je n'ai plus l'impression de pouvoir faire depuis quelques semaines.