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Rappelez-vous, il y a quelques mois, je classais Benjamin Button comme mon film le plus attendu de l'année. Et voilà, avec le temps qui passe (comme dans le film, haha), cette heure est arrivée. Alors, le nouveau Fincher, chef d'oeuvre ou pétard mouillé?

Benjamin Button a une particularité: il vit à l'envers des autres. Né vieux, il rajeunira au long de sa vie, pour la finir comme un nourrisson. Entre temps, son existence est ponctuée d'événements et de rencontres diverses et variées. Mais au coeur de celle-ci, il y a Daisy, son amie d'enfance, qui deviendra l'amour de sa vie. Pourront-ils se retrouver, s'aimer et se garder, quand pour eux la vie n'a pas le même sens?

A l'image de Zodiac, David Fincher, un réalisateur très visuel que j'admire énormément, lâche l'esthétique cliquante qui lui était propre dans ses premiers films, pour adopter un ton classieux, classique, et académique. Chaque plan ressemble à une peinture, il suffit de voir la bande-annonce pour s'en rendre compte. Son histoire, pourtant très simple, Fincher la veut épique et intimiste à la fois, rythmée par la bande originale mélancolique d'Alexandre Desplat (que je vous déconseille d'écouter en ces soirs d'hiver sous risque de vous suicider avant la fin du disque). On sent, comment dire, la "machine à Oscars" (une technique époustouflante, des effets spéciaux indétectables hallucinants, des acteurs en forme et une histoire de marginal émouvante et fédératrice), et le réalisateur le sait. D'où, peut-être, aucune prise de risque?

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Et c'est là que le bas blesse. Benjamin Button, le film, ne surprend jamais vraiment (contrairement à la bande-annonce). Les minutes passent, et l'on se surprend à voir cette vie peu banale défiler, avec parfois quelques longueurs, sans pour autant s'en étonner ou s'en émouvoir totalement. La comparaison avec Forrest Gump étant inévitable (construction similaire, scénariste commun, narration du héros, réalisateurs visuels), je trouve qu'il manque au film de Fincher ces idées, ces moments de bravoures uniques, cette variété, ce pétillement ou ces trouvailles visuelles qui font du film de Rober Zemeckis un chef d'oeuvre absolu. Certes, Benjamin Button voyage ou se retrouve en guerre, mais au final rien de vraiment marquant dans sa vie ou ses rencontres qui défilent trop rapidement. Même l'histoire d'amour est, à mon goût, assez fade, car ses bases ne sont pas assez développées. Les deux acteurs ne transpirent pas l'amour, et leur attachement mutuel n'est pas tellement palpable. Quand aux dialogues (bon, la VF n'aide pas), ils restent standard et prévisibles, ce qui n'est pas assez pour ce genre de film.

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Obsédé par sa mise en valeur d'un Brad Pitt aux limites de la perfection, David Fincher la joue tout en retenue et élégance, mais manque peut-être d'un peu de folie créative qui aurait bénéficié au film, trop prévisible (en témoigne un montage de quelques minutes sur les aléas du destin, en total décalage avec le reste et qui est pourtant habilement maitrisé et l'une des belles trouvailles du film). Au final, L'Etrange Histoire de Benjamin Button est certes une réussite à plus d'un égard, mais une légère déception vis à vis de mes attentes.