Pour certains professionnels, c'est l'Ante-Christ, pour d'autres, un génie. Niveau commercial, il n'a plus rien à prouver, artistiquement, il recherche toujours la reconnaissance de ses pairs. Bref, il ne laisse pas indifférent, et c'est en tout cas pour moi le réalisateur au style le plus affirmé, et un des plus talentueux que je connaisse: Michael Bay.

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Quand on regarde sa filmographie, il y a d'abord de quoi être sceptique: Bad Boys 1 et 2, Rock, Armageddon, Pearl Harbor, The Island. Tous ne font pas partie de mes films préférés, mais chacun comporte la touche unique de Michael et sont pour moi du divertissement de haute volée. Car ces films entre les mains d'autres réalisateurs auraient pû être des daubes infâmes. Derrière l'oeil de Bay, ils deviennent carrément jouissifs.

C'est sûr, les messages délivrés par Michael Bay ne volent pas très haut. Mais il s'assume, lui, c'est le roi du pop-corn movie, du divertissement estival. Quand ses producteurs investissent 140 millions de $ dans ses films, ils savent que ça va se voir à l'écran, et que le spectacteur en aura pour son argent. Les détracteurs de Michael Bay semblent justement lui reprocher ce manque d'ambition personnelle, comme s'il contribuait à l'abrutissement de la planète. On lui reproche également son découpage frénétique, son style clip-esque où chaque plans ressemble à une photo, chaque extrait pourrait faire partie de la bande-annonce. On lui reproche d'aller trop loin dans l'esbrouffe, dans le spectaculaire. En bref, on lui reproche d'être irréaliste. Et c'est exactement pour ça que je l'aime! :-)

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Destruction spectaculaire de New-York dans Armageddon

Regarder un film de Michael (souvent de pair avec le producteur à succès Jerry Bruckheimer), c'est laisser au vestiaire ses attentes de spectateur blasé, et se préparer à l'incroyable, à l'exagération, à une vision du monde tel qu'il n'existe qu'à Hollywood. Cadrages hypers lêchés, scènes d'action décoiffantes, mouvements de caméra rotatifs, ralentis, filtres à gogo, plans en contre plongé pour faire plus "cool"... ici tout ce qui explose explose 3 fois plus fort que dans la réalité, chaque cicatrice sur nos héros les rend encore plus sexy, les hélicos volent au ralenti sous un soleil couchant, les scènes d'amour ressemblent à des pub Calvin Klein, les voitures ou les vêtements sont toujours les plus tendances, les héros tombent d'un immeuble de 70 étages sans une égratignure ou mettent à sac une ville entière, le tout dans une mise en scène frénétique et lêchée, où les cadrages inédits et expérimentaux (rappelez vous le plan de la bombe tombant du ciel dans Pearl Harbor) s'enchaînent naturellement. Michael Bay est également adepte de plonger le spectateur au coeur de l'action: on ne doit plus avoir l'impression d'être derrière un écran à voir en détail comment cela se passe, mais nous sommes parfois désorientés, mal à l'aise, essouflés. C'est tout à fait normal et une autre de ses marques de fabrique... et il est est clair que tout le monde n'aime pas. Bref, au niveau de l'"entertainment", pour peu qu'on se laisse aller, on fait rarement mieux, et esthétiquement, c'est carrément sublime (normal, Michael Bay vient de l'univers de la pub, qui maximise la mise en scène et l'esthétique - il est également passionné de photographie). Mais passons ses films en revue:

Bad Boys

Premier film de Bay, au budget ridicule (15 millions de $). A la base un simple film policier banal, il révélera Will Smith et Martin Lawrence. C'est pas génial, mais avec le savoir faire de Michael, le film est vendu comme une superproduction et rapportera 180 millions de $. On y retrouve déjà des plans typiques: ralentis, couleurs chaudes, rotations de caméra, contre-plongées etc.

The Rock

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Le second film de Bay le propulse au firmament des réalisateurs à succès. C'est aussi le retour sur grand écran du film d'action pur et pour un second film, Michael décoiffe! Tout est quasi parfait dans ce film: la réalisation, les dialogues, le jeu d'acteur (Nicolas Cage, Sean Connery, Ed Harris fabuleux), la musique. Le film dure plus de deux heures mais on ne s'ennuie pas une seconde, c'est drôle, excitant, plein de suspens.

Le best-of: l'interrogatoire de Sean Connery dans sa prison, la scène au Fermond Hotel, la course-poursuite en Hummer et Ferrari à travers San Francisco, la séquence finale au dessus d'Alcatraz

Armageddon

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Un des films les plus décriés au monde et un de mes préférés ;-) On lui reproche quasiment tout: l'irréalisme, l'allure de clip permanent, le montage epileptique qui fait mal à la tête (je n'ai jamais compris, je trouve toujours que ses films sont d'une clarté absolue, contrairement à beaucoup d'autres), le patriotisme exacerbé... mais à mes yeux c'est tout simplement l'un des films les plus divertissants au monde, l'un des plus drôles, des plus dingues, des plus beaux esthétiquement et au niveau musical. Une montagne russe d'émotions en bout en bout. Descendu par la critique, le film est néanmoins un succès mondial gigantesque et révêle de nouveaux acteurs, comme Ben Affleck, Michael Clark Duncan, ou Owen Wilson.

Best-of: toutes les séquences au ralenti, la destruction de New-York, Shanghai et Paris, les séquences d'entraînement, la séquence décollage, le dialogue père-fille à la fin et l'explosion de l'astéroide.

Pearl Harbor

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Quand Michael Bay se prend pour James Cameron, il trouve ses limites. Derrière un packaging nickel, on sent le manque de sincérité du réalisateur vis à vis de son sujet. Son style est parfois en décalage avec ce qu'il doit raconter, et on lui a aussi reproché l'histoire à l'eau de rose pour imiter Titanic. Bref le public ne s'y est pas trompé, et malgré un succès planétaire, Pearl Harbor reste loin derrière le bateau qui coule... Cependant il n'empêche que ce film confirme son talent de metteur en scène visuel, sa bataille de Pearl Harbor restera dans les annales et le gigantisme de la reconstitution historique force le respect. Il relance également la carrière de Ben Affleck, Josh Hartnett et Kate Beckinsale. A noter également une superbe composition musicale de Hans Zimmer.

Best-of: les séquences aériennes en Angleterre, le début de la relation Rafe-Evelyne, les séquences de préparation des japonais, l'attaque de Pearl Harbor

Bad Boys 2

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Pour cette suite, le budget sera 10 fois celui du premier Bad Boys. Will Smith et Martin Lawrence sont des stars confirmées, et tout le monde semble s'amuser comme un petit fou. Bay n'a plus rien à prouver commercialement parlant et se contente d'en faire le plus possible, d'expériementer, de faire virevolter sa caméra. Toutes les séquences d'action sont complêtement invraisemblables, mais délirantes. Le gore verse dans le comique, et le tout est encore une fois magnifiquement réalisé. Nouveau succès pour Bay.

Best-of: le long plan-séquence de tirs dans un appartement pourri, avec une caméra sur axe rotatif qui suit les différents protagonistes sans coupure, les séquences en boîte de nuit, la course poursuite sur l'autoroute, la course-poursuite en Hummer à Cuba à la fin du film, bref, beaucoup de course-poursuite... lol

The Island

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On a là un film différent de ce qu'il fait d'habitude, mais qui comporte indéniablement sa marque de fabrique. Pour la première fois les scènes d'action s'effacent au profit de l'histoire, au profit du développement des personnages, de leurs motivations. De film d'action le film en devient "thriller scientifique". Bien sûr les scènes spectaculaires et autres explosions chères à Michael Bay sont toujours présentes, et efficaces (comme toujours), mais ne durent pas longtemps finalement et se concentrent dans la seconde partie. Un film que les amateurs de Michael Bay apprécieront donc, même si il s'éloigne de ce qu'il fait d'habitude, et se met légèrement en retrait. Et un film que les détracteurs de Michael ont plutôt apprécié, sachant qu'il prend beaucoup plus de temps pour établir ses plans et qu'il y a moins d'action que d'habitude. Mais bousculer ses habitudes n'est pas forcément une bonne chose, et (suite au marketing désastreux?) le film est un échec (relatif).

Best-of: la séquence d'intro, les séquences dans le centre de clônage et l'évasion de celui-ci, la course poursuite ahurrissante sur l'autoroute, la rencontre entre le clône et son "sponsor" et la poursuite qui s'en suit

Pour son prochain film, Bay s'attaquera aux Transformers (sortie en 2007), issu de la série animée culte du même nom. Un film que les fans attendent avec impatience, on devrait y retrouver le réalisateur dans ce qu'il fait le mieux: le gigantisme et l'action trépidante. Personnellement ce n'est pas un projet qui me touche beaucoup, mais on pourrait avoir des surprises...

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