Depuis que je ne travaille plus (espérons que ça ne va pas durer lol), j'ai pris quelques nouvelles habitudes. L'une d'entre elles est la sortie quotidienne à pied dans Paris. Et non, je n'ai pas de chien! Mais j'aime sortir un long moment, me ballader, seul, jusqu'à sentir la fatigue dans mes pieds, et l'envie de retourner à la maison. Mais je sens bien que si je pouvais, je passerais ma journée à marcher!

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En fait, je ne sais jamais vraiment où je vais aller à chaque fois, je me laisse guider par mon instinct, et je peux vous dire que j'adore ça! Près de 20 ans après mon arrivée dans ce quartier, je le redécouvre. A l'époque, j'empruntais toujours les mêmes chemins pour aller au lycée, pour aller faire les courses etc. Aujourd'hui, délivré de toutes contraintes, j'innove, je coupe par des petites rues, j'emprunte des chemins inconnus. J'aime me perdre tout en sachant que je ne suis pas bien loin d'un coin que je connais! C'est le plaisir de la découverte, le plaisir de la nouveauté, et de voir tous les changements d'un quartier que j'ai l'impression de connaître depuis deux décennies. Nouvelles boutiques, nouvelles devantures, ravalements de façades... récemment je passe souvent devant le "petit collège" où j'ai fait toutes mes études primaires. Quel émerveillement de pénétrer à nouveau dans cette cour, qui, avec les années et les centimètres que j'ai gagnés, me paraît désormais toute petite! Petit pincement au coeur en passant dans la rue où habitait l'un de mes premiers amours d'enfant. Et pointe de nostlagie en passant devant mon ancien revendeur préféré de jeux vidéo, dont seule subsiste aujourd'hui une vieille trace de l'enseigne.

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Marcher à toujours été un de mes loisirs préférés. Si je pouvais, je marcherais plutôt que prendre le métro ou le bus. Restant difficilement en place, c'est un programme que je propose souvent: une ballade. Partir à l'aventure, sans objectif précis: le seul problème est d'identifier à partir de quel point il faut rebrousser chemin, car si il est facile d'aller de l'avant, on pense en général beaucoup moins au chemin du retour, ce qui peut créer des surprises. Mais si j'aime tellement marcher, c'est que nos sens sont complêtements à l'écoute. On peut avancer en faisant beaucoup plus attention à ce qui nous entoure. On est plus enfermés, on fait partie de l'environnement. On est libres de nos mouvements et on avance à notre rythme: le bus empruntera toujours le même chemin, mais en tant que piéton je peux toujours décider de changer d'itinéraire, de couper par un jardin en fleurs, de rallonger ma route, d'explorer une impasse. A la campagne, on peut s'arrêter regarder ou nourrir les animaux, cueillir des fleurs ou des fruits sur les arbres, passer dans l'herbe ou s'allonger quelques instants au soleil. Chaque sortie est différente, les gens qu'on croise sont différents, les odeurs et les sons aussi. Pour moi qui adore "observer" le monde, je ne suis jamais mieux servi qu'à l'extérieur. Et, alors que les transports en commun ne sont disponibles que dans certaines villes, à certains endroits, on peut marcher partout!

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Si j'aime sortir avec d'autres personnes, pour le plaisir de discuter sans rester inactif, j'apprécie particulièrement ces moments quotidiens à moi. En sortant, je m'ouvre au monde, mais paradoxalement je retrouve ma bulle. A la maison, le téléphone peut sonner, ma mère peut me parler, et tout le côté matériel empêche de se retrouver seul à avec soi-même. Quand je sors, il n'y a plus que moi, sans cage, libre, au milieu d'une foule d'anonymes. Je privilégie les endroits peu fréquentés, les endroits calmes (et à Paris ce n'est pas facile!) Quand je le peux, je sors entre chien et loup, déjà parce que la ville y est magnifique, avec ses devantures illuminées, ses bateaux-mouches éclairant la Seine, son ciel assombri, mais parce que tout y paraît plus calme. La ville ralentit, les gens rentrent chez eux, je me sens serein. Et surtout, ma bulle est encore plus protégée. Je suis encore plus anonyme, je ne suis plus qu'une ombre, que les gens ne cherchent pas à dévisager. Et je marche, je marche... pensant à ma vie, au monde, à mes envies. A l'extérieur, tous les problèmes insolubles semblent, l'espace de quelques minutes, trouver une solution ou prendre une tournure différente. C'est souvent dehors que je suis inspiré artistiquement, ou que des idées ou projets voient le jour.

Ainsi, paradoxalement, c'est en m'ouvrant au monde que je suis le plus optimiste. La vie nous semble plus belle quand on la vit! Et c'est la plus belle chose qui peut m'arriver ces temps-ci. Alors, pour tout ce qu'une simple marche m'apporte au quotidien, cette rencontre avec moi-même et toutes ces découvertes, je citerais Ariel, la Petite Sirène:

"Si l'homme marche, si l'homme court, s'il peut sur Terre rêver au grand jour, comme j'aimerais, si je pouvais, partir là-bas..."